L'Homme a cru qu'il importait d'avoir, ignorant qu'il importe d'être. [Oscar Wilde]

L'Homme a cru qu'il importait d'avoir, ignorant qu'il importe d'être. [Oscar Wilde]

Un grand homme, Oscar Wilde il me semble, a un jour dit que la plupart des gens vivent, mais que certains font mieux, ils existent. En voyant ça, évidemment, je me suis dit que je voulais être de ceux qui existent. Mais à quelle aune se mesure le degré d'existence d'un individu?

Je pense que cela passe par la réalisation personnelle. Bien sur, l'on pense également au Carpe Diem, cueille le jour. Profite de l'instant. Il fait beau, sens le soleil sur ta peau, profite, demain il pleuvra peut-être. Ne te tracasse pas pour hier et ne te soucie pas de demain. Mais je ne pense pas qu'exister, ça ne soit que ça.

Exister, c'est agir dans un monde où les gens sont passifs. L'on parle de destin, parfois, une notion en laquelle je ne crois pas. Le destin suggérerait que quelqu'un, un dieu, ou la Nature, selon les croyances de chacun aurait écrit à l'avance nos vies, les auraient tissées de façon complexe de manière à ce que les évènement se succèdent, menant un individu donné à un point donné. En ce qui me concerne, je n'y crois pas. Je suis athée et je crois que la Nature, bien que puissante, ne sois pas une entité organisée.

Je veux exister. Perdurer. Je sais qu'un jour, je mourrais. Sinistre comme perspective, non? On y pense rarement au quotidien, à la vanité de notre existence. Une jolie boîte en bois, et de poussière, tu redeviendras poussière. Mes enfants connaîtrons mon nom, leurs enfants aussi, mais les enfants des enfants, sauront-ils qu'un jour il y a eu un petit Lelio rêveur, qui a aimé la vie, profité, vécu? Probablement pas, ou alors je ne serais qu'un nom poussiéreux sur l'arbre généalogique. Exister, quelque part c'est marquer son temps. Chateaubriand a existé. Il est mort en 1848, me semble-t-il, et pourtant chacun connaît son nom, ses mémoires, ses livres.

L'art est un bon moyen d'exister, de s'exprimer. Mais où commence l'art? Peut-on parler d'art dès qu'il est question de création? Autrefois, l'on ne faisait pas la distinction entre "artiste" et "artisan". Celui qui créait, que ce soit une symphonie ou une baguette de pain, était un artiste. La création nécessite l'imagination : mais pour en faire de l'art, il faut y ajouter une infime touche, quelque chose de déterminant, pourtant, et que tout le monde n'a pas : le talent. L'artiste est celui qui crée, et qui excelle dans son domaine.

J'ai dérivé, encore une fois. Je suis las et fatigué, d'où pareilles élucubrations.

# Posté le vendredi 15 mai 2009 16:02

Modifié le jeudi 09 juillet 2009 08:12

«Je crois ce que je dis, je fais ce que je crois.»[ Victor Hugo ]

«Je crois ce que je dis, je fais ce que je crois.»[ Victor Hugo ]

Bonsoir, bonsoir. Je ne saurais vous expliquer pourquoi, mais je suis exténué. Je reviens d'un petit repas au japonais du coin. Aucun rapport avec ce dont je vais vous entretenir ce soir.

Cela m'intrigue et m'étonne à chaque fois de constater que plus ça va, plus les jeunes perdent tôt leur virginité. On a longtemps considéré le sexe comme un tabou, ce que je ne trouve raisonnable que quand il s'agit de personnes jeunes. Passé un certain âge, c'est ridicule de s'offusquer quand on en parle. Entre mes amis et moi, nous en parlons souvent, parfois crument, c'est devenu un élément banal de notre vie quotidienne. Et au fond, peut-être est-ce normal, puisque c'est un acte naturel, nécessaire, et non culturel?

J'ai l'impression que les adolescents subissent une pression sociale plus importante qu'il y a, disons, cinq ans, pour passer à l'acte. Quand j'étais au collège, la question se posait plutôt de savoir comment allait-on emballer. On se roulait des patins et parfois on osait avoir les mains un peu baladeuses. Désormais, les jeunes couchent plus tôt. En ce qui me concerne j'ai perdu ma virginité l'été entre la troisième et la seconde, ce qui est assez jeune, finalement, mais pas trop non plus. La moyenne française serait de 17 ans et des poussières. Beaucoup de jeunes semblent considérer honteux de quitter le lycée sans s'être fait dépucelé, ce que je trouve stupide. On dit souvent qu'il n'y a pas d'âge pour faire l'amour, mais socialement, on vous juge facilement là dessus. Surtout si vous êtes un garçon, mais pour les garçons l'acte a une portée bien moins symbolique. Et même maintenant, chez les filles, cet acte devient banalisé. Presque une corvée. Un truc dont il faut se débarrasser. Je ne cautionne pas. Je constate

Mais en faisant un tour sur le blog "on sexprime" ou quelque chose comme ça, je me suis rendu compte à quel point, en fait, les jeunes sont mal informés et ont des a-priori. J'ai réalisé aussi que beaucoup de jeunes sautaient le pas pour faire comme les copains, que c'est un peu con, mais c'est comme ça. En tout cas, cela me surprend quand je vois toutes ces jeunes filles qui demandent comment réfréner les ardeurs de leur copain, ou les jeunes garçons qui demandent comment mettre un préservatif. Là où je ris franchement, c'est quand j'ai lu le commentaire d'une jeune fille qui demandait comment est-ce qu'elle pouvait faire pour que son copain tienne plus longtemps. J'ai eu envie de dire "ma pauvre, ton copain est précoce. Qu'il s'entraine tout seul, ça lui passera peut-être".

En bref, si vous avez des questions, je veux bien me dévouer pour répondre, mais surtout j'aimerais donc "poster" un sondage : pensez-vous qu'il y aie vraiment une pression sociale, de nos jours, à ce sujet? D'ailleurs à quel âge était votre première fois?


# Posté le samedi 16 mai 2009 16:40

~ Mais qu'importe l'éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l'infini de la jouissance ! [Baudelaire]

 ~  Mais qu'importe l'éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l'infini de la jouissance ! [Baudelaire]
Spleen


Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

-Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Baudelaire, Les fleurs du mal LXXVIII.

C'est juste beau. Rien à dire, si ce n'est ceci.

# Posté le lundi 18 mai 2009 13:55

Liberté Sur mes cahiers d'écolier Sur mon pupitre et les arbresSur le sable sur la neige J'écris ton nom [Paul Eluard]

Liberté Sur mes cahiers d'écolier Sur mon pupitre et les arbresSur le sable sur la neige J'écris ton nom [Paul Eluard]
"Quand le ciel, bas et lourd, pèse comme un couvercle". C'est un peu ça aujourd'hui.

J'ai appris aujourd'hui qu'il y aurait encore grève sur la ligne C demain. Décidément, ils font toujours grève. On ne sait jamais vraiment pourquoi, ils ont peut-être de bonnes raisons, il n'empêche que ça emmerde sûrement bien des gens. C'est comme la grève dans les facultés. Je ne sais pas si vous avez un peu entendu parler des mouvements qui ont secoué nos belles universités, nos institutions dont nous sommes si fiers. Prenez la Sorbonne par exemple. Mondialement connue. Paris IV, c'était un peu, beaucoup le bazar ces temps-ci. Croyez-moi, les étudiants étrangers venus étudier chez la fine fleur française l'ont un peu mauvaise. Quant à nous, élèves parisiens, on s'est dit "chouette ça va être bloqué une semaine, ou deux, ça fait des vacances". Le résultat? Pas ou presque pas de deuxième semestre pour beaucoup de facultés.
Leur colère est, là encore, légitime, si elle est dirigée contre la réforme des IUFM, qui sont destinés à disparaître. Bon, pour les enseignants chercheurs, c'est plus discutable.

Un jour, il y a un anglais qui a écrit un bouquin sur les français. Il disait ceci : sport national en France, la grève (compétition dudit sport : les manifestations), second sport national, la pétanque. La pétanque est abondamment pratiqué par les plus de cinquante ans résidant de préférence vers Marseille, parait-il. Enfin, je n'ai jamais vu mon père avec des boules à la main (de pétanque, je précise) et pourtant, la cinquantaine, il ne la tutoie plus, il l'emmène carrément au cinéma. Mon père aurait fait mai 68, ce que je trouve étrange quand l'on voit le grand ponte de la médecine qui se drape dignement dans ses principes poussiéreux qu'il est devenu. Dernièrement, il m'a dit qu'il était pour le retour de l'uniforme dans les collèges et lycées. Si l'on additionne toutes les conneries proférées par mon père sur l'éducation, on remercie Dieu, ou le petit bonhomme de là haut, s'il y a quelqu'un, qu'il ne soit pas ministre de l'éducation. Sinon, on serait tous en uniforme, à boire de l'huile de foie de morue, dans des lycées non mixtes. ça limiterait selon lui les grossesses indésirées qui mènent à des mariages encore moins désirés. Il se base, voyez-vous, sur son expérience personnelle.

Je n'ai jamais parlé de ma famille auparavant. Nous sommes le modèle Bree Van de Kamp livré en kit par la redoute. Un père de famille médecin aux rouflaquettes grises (oui, il pense que c'est "élégant"), une mère au sourire figé et à la permanente façon Farrah Fawcett (ça aussi, c'est démodé) qui n'a pas eu d'ambition personnelle autre que d'être la secrétaire de mon père (je suis persuadé que j'ai été conçu sur son bureau). Un grand frère impossible, le chouchou de ma mère. Le premier né, celui qui a fait le bac S que réclamait mon père à cor et à cri, qui a fait des études de médecine comme voulait Papa. Et le petit frère, celui qui vous écrit actuellement. Qui a fait un baccalauréat littéraire, au grand dam de Papa qui pense que les littéraires, les artistes, les hommes politiques et les films américains, ça ne sert à rien. Oui, mon père est un vieux con. C'est peut-être pour ça que je suis odieux.

# Posté le lundi 25 mai 2009 14:18

Modifié le jeudi 09 juillet 2009 08:14

Tout peut arriver dans la vie, et surtout rien. [Michel Houellebecq]

Tout peut arriver dans la vie, et surtout rien. [Michel Houellebecq]
L'oubli dans le rêve. L'inconscience, pendant quelques heures. L'oubli, de soi-même et du monde. Car n'est-il pas triste à en pleurer, le monde? Avec tous ces gamins qui crèvent de faim en Afrique, avec les maladies, les guerres, les tueurs en série, et que sais-je encore. Et s'il n'y avait que ça. Tout ce nous entreprenons ici bas est vain : nous sommes voués à disparaître. Je crois que la mort est un éternel sommeil sans rêve.

L'inconscience, l'oubli, pour toujours. Mais en fin de compte, la grande majorité de l'humanité est inconsciente. Elle est trop près de la toile pour voir le tableau dans son ensemble, trop engoncée dans sa petite vie étriquée, comme un vêtement trop étroit, pour se rendre compte de la vérité, à savoir que tout ça ne mène à rien. Les gouvernements se font et se défont, des empires naissent et meurent, des vies se croisent, s'entrecroisent, des humains s'aiment, se détestent, se déchirent, se tuent, s'aident, et tout ça, au fond, pour rien. L'humanité a commis des erreurs par le passé, mais n'est pas capable d'en tirer un enseignement. Après la première guerre mondiale, on a dit "plus jamais ça". Ce qui n'a pas empêché une seconde guerre mondiale, encore pire.

" Il paraît que j'ai tout : je suis jeune, beau, riche ; des populations entières doivent rêver d'être moi. A ça près. Je suis jeune, beau, riche et lucide. Et ça, c'est le détail qui fout tout en l'air", dixit Lolita Pille. C'est tellement, tellement vrai.

Ah bienheureuse inconscience ! Ce que j'aimerais parfois, c'est ne plus voir l'inutilité de nos actes, leur vacuité, la stupidité de mes semblables. J'oscille constamment entre le "à quoi bon" et le "carpe diem". On a qu'une vie, profitons en, puisque de toute manière, dans la mort nous seront tous égaux. Nous n'avons qu'une infirme plage horaire à exploiter du mieux possible, au fond, on vous case entre deux générations. Et vous devez exploiter le filon, l'user jusqu'à la trame, boire jusqu'à la lie, profiter, car à par ça, comment occuper ce temps sur Terre? Alors, en essayant de répondre à cette question, je sors, je bois, parfois trop, je fume, souvent trop, je fornique, je lis, je mange. Et je dors. Et quand je dors, j'oublie un instant qui je suis, un fils de bourge désabusé, où je suis, un monde pourri jusqu'à la moelle, quand je suis, une époque corrompue et décadente.

Libre, mais lucide. La liberté passe-t-elle par la lucidité?

# Posté le vendredi 29 mai 2009 17:06

Modifié le jeudi 09 juillet 2009 08:16